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QUELLE PLACE POUR LE HANDICAP ?
On a cru à un temps prometteur pour
l’évolution des égalités pour tous, car il parait qu’il y aurait eu des jeux
paralympiques en France en 2024 ! Vous savez, ceux qui apporteraient
reconnaissance des personnes handicapées, nombreuses mesures politiques
financées, développement des droits individuels de ces catégories, médailles en
tous genre (pas que sportives), lendemain du grand soir tant espéré ! Mais
l’effet émotionnel est très vite retombé ! Ou alors, on aurait rêvé ?
N’en reste qu’une image du handicap, à peine plus claire que celle qui était avant,
toujours incomprise et avec visiblement les mêmes intentions !
C’est hélas tout comme ceux qui pensaient que
2025 devait faire avancer la loi du 11 février 2005 relatives à
« l’égalité des chances pour les personnes
en situation de handicap », fêtant le 20ème anniversaire de sa promulgation. Qu’en a-t-il été ? Certes, le
Président de la République avait organisé en
février un débat au palais de
l’Elysée, lui conférant des aménagements
éphémères d’accessibilité. Oui, en septembre, pendant la « Fête de
l’Huma », une table ronde s’est tenue sur ce thème, noyée parmi toutes les
autres déclarations politiciennes de l’événement. Mais, concrètement au-delà
des palabres et des situations ponctuelles sans concrétisations durables, qu’y
pourraient-ils ? Notons que cette loi de 2005 a plusieurs dizaines de
décrets d’application, qui ne sont toujours pas votés, voire qui sont repoussés
aux calendes grecques ! Ces textes réformeraient ainsi la législation,
validée en 1975 et appelée, à tort, la première loi en faveur des personnes
handicapées. En effet, ce supposé premier texte intégrait pour partie les
réglementations de 1949, rédigées sur ce sujet. Ces trois salves de lois successifs
nous prétendraient-elles qu’on avance sur les questions du handicap ? A
savoir que 68 décrets de la loi de 1975 n’ont jamais été votés ! Certains de
la législation la plus récente sont en attente et touchent à l’inaccessible
accessibilité : la voirie et la mobilité (commerces, établissements
publics, transports, etc.), l’accès au logement spécifiquement aménagé, aux adaptations
de documents écrits, à la scolarité, aux sports et aux cultures, autant comme
consommateur que potentiels acteurs, à l’obligatoire commission municipale
(pour les communes de plus de 5000 habitants) sur le handicap, bref, à tout et
pour tous !
Manque toujours cruellement
la formation des personnels de collectivités territoriales accueillant des
personnes dont les handicaps ne sont pas tous visibles : psychique,
auditif, voire parfois visuel, entre autres, qui ne se distinguent pas aussi
facilement que la béquille, le déambulateur ou le fauteuil. L’inégalité se
ressent aussi au-travers des sites Internet, par leurs accessibilités aux
divers visiteurs handicapés. Certains sites valorisent les liens pour l’écriture
simplifiée, d’autres montrent les contrastes visuels y-compris pour les
daltoniens, d’aucuns ont des documents audio téléchargeables (de qualité plus
ou moins bonnes), mais une grande partie des sites ne font rien ! Soyons
justes en affirmant qu’un espace Internet ne peut pas avoir la capacité d’accessibilité
pour tous, à moins d’obtenir un immense espace de son serveur et un très gros
budget pour les mises en conformité légales ! De surcroît, d’un point de
vue rédactionnel, est mise de côté l’indispensable adaptation des documents
administratifs, en langage simplifié pour les personnes atteintes de handicaps
psychiques ou mentaux, en caractères agrandis braille ou audio, mais surtout
sur leur mise à disposition plus facile d’accès pour ces bénéficiaires :
en effet, dans une salle d’accueil, le présentoir à documents spécifiques n’est
pas toujours visible !
A côté de ces textes,
est questionné le rôle des aidants valides, leur place et leur reconnaissance,
celles des accompagnements personnifiés des élèves en situation handicapante,
par exemple.
En outre, ce n’est
que par déduction intellectuelle qu’on s’interroge sur l’éventuel besoin de ces
handicapés. Ponctuellement, à l’approche d’élections, on leur choisit un thème,
comme la citoyenneté avec par exemple leur position éligible sur des listes aux
municipales ou aux législatives. Rappelons qu’un seul député sur 577 est en
fauteuil roulant, mais que le parlement ne se vante pas d’avoir des élus aux
handicaps invisibles : combien portent des lunettes de vue aux loupes grossissantes ?
Combien ont des appareils auditifs ? Et, si on voulait plaisanter, combien
sont atteints de troubles mentaux, puisqu’ils disent souvent n’importe
quoi ?
Mais pour redevenir
sérieux, une question nous titille : pourquoi le service public ne prend
pas en compte toutes ces données ? Si on observe les grandes enseignes
commerciales privées par exemple, des personnels sont en situation de handicap, certains produits vendus sont étiquetés avec des
adaptations braille, code couleurs contrastées, repérables selon les consommateurs
handicapés, il est même des temps avec une baisse de la luminosité et des sons
environnants. Alors, qu’attend-on pour appliquer ces mêmes avancées aux
réfractaires publics ?
Au-delà du cadre législatif, sur le terrain, sont tentées des
sensibilisations du public aux questions des handicaps. Sonorium Francophone le
remarque auprès des enfants de 5 à 11 ans et de leurs animateurs. Certains
témoignent même que le Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateurs (BAFA) ne
contient pas de modules sur la déficience visuelle par exemple. Bref, l’information
manque sévèrement et nous tentons une petite approche localement. Mais il reste
bien des préjugés à combattre ! La vision précédente sur ces différences
visibles, exprimée par quelques milliers de valides, tient dans quelques
marques de soutien, sans semblant de compréhension de ce qu’est le handicap,
voire vers les solutions faciles, parce qu’on a vu une personne en fauteuil,
donc il faut faire des rampes d’accès et abaisser les trottoirs ! Le reste
de l’imagerie pour ceux qui connaissent les structures associatives, c’est
qu’il faut donner un peu d’argent, pour la bonne action. Et ces dernières en
profitent pour appuyer sur le larmoyant, espérant en avoir plus ! Sans
oublier que les plus grandes associations spécialisées s’imposent en rouleau
compresseur, écrasant les petites, qui parfois couvrent des thématiques
d’accompagnement, écartées parce que peu rentables ou sollicitant la réelle
demande du bénéficiaire handicapé. S’il y a là une réalité, elle cache une
grande partie de ceux qui reste invisibles, plus ou moins volontairement. Ils
ne sortent pas ou peu de chez eux, ne se montrent que rarement, voire restent
hors du système généralisé.
Pour analyser les situations face aux législations imparfaites, il faut
des mots dans les deux cas. Parlons du vocabulaire employé, celui qui sert pour
créer des catégories. Derrière des expressions comme « situation de
handicap », il y a des êtres humains dont on ne sait pas toujours comment
définir les difficultés. Alors on nomme par des généralités :
« psychiques, physiques, cognitives, sensoriels, voire ceux de la
vie », « inclusions » : bref, tout ce politiquement correct
noie trop souvent les réalités de terrain.
Même le mot « handicap est un
truchement. Revenons sur l’étymologie du terme. Cela vient de l’anglais
« hand in cap » (la main au chapeau). Cette expression découle d’un
jeu d’échanges d’objets personnels qui se pratiquait en Grande-Bretagne au 19ème
siècle. Un arbitre évaluait les objets et s’assurait de l’équivalence des lots
afin d’assurer l’égalité des chances des joueurs. Le handicap traduisait la
situation négative, défavorable à celui qui avait tiré un mauvais lot. Par la suite, il s'est appliqué au monde de
l'hippisme, pour désigner la volonté d'imposer des difficultés supplémentaires
aux meilleurs jockeys. L’objectif était, encore une fois, de rétablir
l'équilibre des chances entre les concurrents ; ce handicap donnant leur chance
aux plus faibles pour gagner. Notez qu’aujourd’hui, on adopte l’idée
inverse : le législateur offre aux plus affaiblis, les moyens et la
capacité d’être à chance égale avec les valides, sans alourdir ces derniers
pour autant ! Sans préjugé, ni morale à imposer, la réflexion se doit
d’être portée sur l’aide offerte ! Là
aussi, le mot « aider », devrait être supplanté par celui de
« l’accompagnement ». Il semble plus pertinent de « faire avec
la personne », plutôt que d’agir à sa place ! Pour autre exemple,
parce qu’il semblait plus agressif aux oreilles, les politiquement corrects ont
préféré changer un mot comme « intégration », par cette pratique des
colonies de vacances, enfermant dans de la paraffine, un insecte vivant jusqu’à
ce qu’il meure : cela s’appelle réellement l’inclusion. Gageons qu’il n’en
serait pas de même pour les élèves en inclusion scolaire !
Mais alors, le législateur valide est-il le
fautif ? Si ses mots et leurs évolutions globalisent des situations
particulières, il ne doit pas être le seul à porter la main au chapeau !
Les regroupements de citoyens, touchés par la même particularité, vont avoir un
double rôle et un double jeu simultanément : appuyer sur cette différence
pour la valoriser, mais autant pour l’ostraciser, donc en la laissant pour
compte. De surcroît, il reste l’individu concerné, avec son caractère, soit
suppliant les aides, espérant qu’on ne l’oublie pas, soit désireux de
l’autonomie d’accompagnement, avec son degré d’acceptation du handicap et son
envie de se montrer ou de se cacher ! Tous contribuent à ce développement.
Devant cette situation abrupte, on fait ce qu’on peut avec ce que l’on a. Même
si c’est peu, faut-il s’en satisfaire et espérer plus ? Fatalement, il en fut ainsi, il en est et en
sera ainsi !
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